31 mars en 2024, 9 avril en 2023… Comment est déterminée la date de Pâques



Romain Rouillard / Crédit photo : MASSIMO VALICCHIA / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

Dimanche prochain, le 31 mars, les catholiques du monde entier célèbreront Pâques. La date retenue cette année, pour la fête la plus importante de la chrétienté, qui commémore la résurrection du Christ, a été avancée de dix jours par rapport à l’année dernière. En 2022, Pâques fut même célébrée le… 17 avril. Alors pourquoi cette fête religieuse a-t-elle été fixée si tôt cette année ?

En réalité, Pâques peut avoir lieu dès le 22 mars et s’étendre jusqu’au 25 avril. Contrairement à Noël, cette célébration ne dispose pas de date fixe et peut donc se tenir entre ces deux extrémités. Une particularité qui tient son origine dans la définition même de Pâques, élaborée à l’occasion du concile de Nicée, dans l’actuelle Turquie, en 325. 

L’histoire d’un décalage 

“C’était le début du christianisme et il y avait des règles différentes. Lors de ce concile, on a donc estimé que l’unité chrétienne voulait que tous les chrétiens fêtent Pâques à la même date”, explique Denis Savoie, astronome et historien des sciences. Réunis autour de l’empereur Constantin, les évêques de l’Empire romain s’accordent pour retenir la définition suivante : “Pâques est le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après”. 

Autrement dit, Pâques tombera systématiquement après la pleine Lune qui suit l’équinoxe de printemps, fixé donc au 21 mars. “En revanche, la pleine Lune peut tomber le 22, le 23 ou le 24 mars, et ce, jusqu’au 25 avril. C’est cette mobilité de la pleine Lune explique que Pâques oscille entre ces deux dates”, éclaire Denis Savoie. 

À l’époque, un autre problème se pose rapidement : celui du calendrier julien, en vigueur depuis Jules César, en 45 avant Jésus-Christ. Un calendrier, mis au point avec l’aide d’un astronome, qui présentait un décalage d’environ 11 minutes avec l’année solaire. Cette légère dissonance entre l’année calendaire et l’année astronomique ne fut découverte qu’à la Renaissance, mais posait de plus en plus de difficultés pour fixer la date de Pâques. “On peut se dire que 11 minutes ce n’est pas beaucoup, mais au bout d’un moment ça s’accumule. Après le 4e siècle, on a vu que l’équinoxe de printemps commençait à tomber le 20 mars, puis le 19, le 18, le 17 etc. Pâques commence à se balader un peu partout”, indique Denis Savoie. 

La réforme de Grégoire XIII 

Au 16e siècle, cet équinoxe tombe même le 11 mars et pousse la chrétienté à réagir. Le concile de Trente somme alors la papauté de trouver une solution et le pape Grégoire XIII réunit une commission d’astronomes pour entériner la création du calendrier grégorien qui viendra supplanter le calendrier julien en vigueur depuis 14 siècles. La réforme est pour le moins abrupte puisque dix jours sont ainsi purement et simplement supprimés en cette année 1582. Les Français passent d’un seul coup du jeudi 9 décembre au vendredi 20 décembre. Trois années bissextiles sur 100 ans sont également éliminées. 

Néanmoins, ce nouveau calendrier ne s’applique pas à tout le monde. En conflit avec Rome à l’époque, les orthodoxes décident de conserver le calendrier julien. “On a aujourd’hui un écart de 13 jours entre les deux calendriers. La Pâques julienne a la même définition que la Pâques grégorienne, mais comme vous avez cette différence de 13 jours, la fête de Pâques est, elle aussi, décalée”. Raison pour laquelle les orthodoxes célèbrent régulièrement cette fête au cours du mois de mai. Fait rare, en 2014 et en 2017, la Pâques catholique et la Pâques orthodoxe ont été célébrées le même jour. 



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