climat, hausse de la demande… Pourquoi certains chocolats sont encore plus chers cette année



Romain Rouillard / Crédit photo : ROMAIN DOUCELIN / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
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Peut-on fêter Pâques sans chocolat ? À cette question, de nombreux Français répondraient certainement par la négative. Chaque année, il s’en écoule plusieurs tonnes à l’occasion de cette fête chrétienne qui vient clore le carême. Mais cette année, se procurer les traditionnels œufs, cloches, lapins et autres poules en chocolat pourrait représenter un certain budget.

Le cours mondial du cacao a subi, en l’espace d’un an, une hausse de 162%, selon la plateforme de trading et d’investissement eToro. Une flambée qui atteint même 201% par rapport à Pâques 2022, pour atteindre 10.000 dollars la tonne ce mardi à la bourse de New-York. Pour en comprendre la raison, il faut se diriger vers la Côte d’Ivoire et le Ghana, les deux premiers producteurs mondiaux d'”or brun”. Cette région d’Afrique de l’Ouest subit de plein fouet les effets néfastes du phénomène climatique El Niño. Ainsi, la sécheresse intense, suivie des pluies diluviennes qui se sont abattues sur les récoltes, ont provoqué un ralentissement significatif de la production globale. 

“On assiste à une raréfaction du produit” 

“Cela a engendré un certain nombre de pourritures et de moisissures sur les arbres. Et puis, comme à chaque fois que l’on a des phénomènes climatiques exceptionnels, on a vu l’apparition de maladies, un peu comme dans les vignes”, explique Thierry Lalet, président de la Confédération des chocolatiers et des confiseurs de France. Une infection, connue sous le nom de “swollen shoot” ou virus de l’œdème des pousses du cacaoyer, a notamment proliféré dans les champs de cacao, diminuant de ce fait la récolte. “Ce n’est pas le mildiou, mais c’est un peu le même process”, illustre Thierry Lalet.

Une production amoindrie alors que, dans le même temps, la consommation de chocolat augmente dans le monde. “On assiste donc à une raréfaction du produit”, constate Thierry Lalet qui soulève également une tendance préjudiciable à la production de fève. “Pendant très longtemps, produire du cacao était très mal payé en Côte d’Ivoire et au Ghana. Certains ont donc arrêté de planter du cacao, au profit de l’hévéa par exemple. Au début, ce n’était pas flagrant, on ne s’en rendait pas compte, car la consommation et la demande mondiale étaient à peu près équilibrées. Mais comme depuis deux ans, ça ne fait qu’augmenter, on s’est aperçu qu’il manquait du cacao pour tout le monde”. 

Les chocolatiers artisanaux moins pénalisés

Néanmoins, cette hausse du coût de la matière première ne se répercutera pas de la même manière sur tous les chocolats. Il convient en effet d’opérer un distinguo entre les chocolatiers artisanaux et industriels. Ces derniers, à l’image du Suisse Lindt qui a d’ores et déjà annoncé une hausse de 5% par rapport à 2023, anticipent la hausse du prix du cacao pour leurs futures productions. “Chez Lindt, les chocolats de Pâques sont faits depuis très longtemps, là, ils sont plutôt en train de faire ceux de Noël. Et comme la consommation va être importante, ils appliquent déjà une augmentation même s’ils n’ont pas payé le cacao au prix fort”, décrypte Thierry Lalet. Sans compter le nombre d’intermédiaires, souvent plus importants, et qui contraignent les industriels à régler, à chaque fois, des commissions. 

A contrario, les chocolatiers artisanaux fonctionnent selon un modèle radicalement différent. “Nous ne sommes pas sur le même process d’approvisionnement. Les fèves que l’on utilise sont hors marché, on travaille beaucoup plus avec des coopératives et on a moins d’intermédiaires”, détaille Thierry Lalet. Si la hausse des prix devrait ainsi être contenue, les clients n’échapperont pas, dans les prochains mois, à une légère inflation liée à l’augmentation des coûts de l’énergie, des emballages, mais aussi des salaires. 



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