en Pologne, des centaines de barrages à travers le pays


Les agriculteurs polonais ont installé de nouveau ce mercredi des centaines de barrages à travers leur pays, s’opposant aux importations de produits agricoles en provenance de pays tiers et à des mesures environnementales de l’Union européenne. Depuis le mois dernier, les agriculteurs bloquent le trafic des marchandises aux postes-frontières avec l’Ukraine pour protester contre ce qu’ils considèrent comme une concurrence déloyale face à l’arrivée des denrées en provenance de ce pays déchiré par la guerre.

 

70.000 manifestants attendus

“Plus de 580 manifestations sont prévues aujourd’hui dans toute la Pologne, auxquelles près de 70.000 personnes devraient participer”, selon un communiqué de la police. Les agriculteurs bloquent notamment les routes d’accès à Varsovie et à d’autres grandes villes, dont Cracovie, Wroclaw, Poznan ou Bydgoszcz. “Nous n’abandonnerons pas tant que nos demandes ne seront pas pleinement satisfaites”, ont assuré des organisateurs dans un communiqué.

Un important blocage a été installé aux portes de Varsovie, à Zakret, fermant l’accès est de la capitale. “Nous nous battons essentiellement pour l’abolition du Pacte vert. C’est la priorité. Et nous voulons la fermeture de la frontière (avec l’Ukraine)”, a indiqué à l’AFP Slawomir Miesak, 57 ans, agriculteur exploitant 32 hectares, participant à ce rassemblement. Selon Tomasz Broda, un agriculteur d’une quarantaine d’années, “quand vous regardez les prix de la viande de boeuf et de la viande de porc dans les magasins et les supermarchés et que vous les comparez à ce que reçoit l’agriculteur, ce sont des centimes, c’est ridicule”.

 

Bus bloqués à la frontière ukrainienne

Mercredi, des protestataires ont bloqué aussi la circulation des bus de passagers via le poste de frontière polono-ukrainien de Medyka. “Les agriculteurs ont bloqué le trafic de passagers à Medyka, ils ne laissent passer qu’un bus toutes les deux heures”, a déclaré à l’AFP Joanna Golisz, porte-parole de la police locale. Selon Roman Kondrow, l’organisateur de la protestation à Medyka, il s’agit d’une démarche “spontanée”.

“Beaucoup de gens ont rejoint notre rassemblement et il s’agit d’une réaction spontanée. J’y suis opposé mais il y a beaucoup d’émotions parmi les gens”, a-t-il déclaré à l’AFP. Roman Kondrow a cosigné mercredi des “engagements préliminaires” avec le ministère polonais de l’Agriculture qui n’ont pourtant pas pu retenir l’organisation déjà avancée des blocages.

“C’est une petite lueur d’espoir qu’il se passera enfin quelque chose”, a indiqué Roman Kondrow. Les gros problèmes qui persistent “c’est ce qu’on appelle ‘les blés techniques’ qui ne devaient plus passer par la frontière mais qui continuent à passer hors de tout contrôle (…) et le surplus de stocks de blés, entre quatre et cinq millions de tonnes, qu’il faut évacuer de Pologne” , a-t-il souligné.

A la frontière allemande

Des blocages se sont poursuivis mercredi aussi à la frontière avec l’Allemagne, en Pologne mais aussi en République tchèque voisine. Une centaine de tracteurs ont bloqué pendant une heure le passage de la frontière germano-tchèque à Strazny. La Chambre agricole tchèque a indiqué s’attendre à ce que 1.600 tracteurs et autres véhicules participent à des rassemblements de protestation organisées dans tout le pays.

L’Ukraine a vu son secteur agricole et ses principales voies d’exportation par la mer Noire paralysés par l’invasion russe de 2022. Afin d’aider Kiev sur le plan économique, Bruxelles a supprimé en 2022 les droits de douane sur les marchandises ukrainiennes transitant par l’UE. Toutefois, en raison de problèmes logistiques et de fraude, une grande partie des exportations ukrainiennes destinées à des pays tiers sont restés en Pologne, au détriment des producteurs locaux.

Discussions au Parlement européen

Dans la nuit de mardi à mercredi, les pays de l’UE et le Parlement européen se sont entendus pour plafonner certaines importations agricoles ukrainiennes exemptées de droits de douane – œufs, volailles, sucre, mais aussi avoine, maïs et miel -, répondant à un motif de colère du secteur. Ils n’ont toutefois pas inclus le blé et l’orge. Les barrages frontaliers et les différends sur les céréales ont mis à rude épreuve les relations entre Varsovie et Kiev, même si la Pologne a fait preuve d’un soutien sans faille à son voisin depuis l’invasion russe.

Les manifestations des agriculteurs polonais s’inscrivent dans un large mouvement de manifestations de leurs collègues de plusieurs autres pays européens. L’Union européenne a présenté des propositions visant à réformer certaines règles de la Politique agricole commune (PAC), afin d’apaiser les agriculteurs du continent. Les modifications proposées pour la PAC doivent encore être négociées entre les États membres et le Parlement européen.



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