Gabriel Attal seul en scène face aux députés à l’Assemblée nationale et quelques passes d’arme


“Bon bah ça ne change rien”, pouvait-on entendre dans les couloirs du palais Bourbon à l’issue de ce premier face-à-face inédit de 45 minutes entre le Premier ministre et les députés.

“Ravi de pouvoir expérimenter ce nouveau format”, Gabriel Attal a expliqué d’entrée qu’il acceptait “toujours les propositions qui (lui) sont faites s’agissant des comptes à rendre en tant que Premier ministre vis-à-vis de la représentation nationale et de la presse”. 

Expérimentée jusqu’à fin mai, cette nouvelle formule avait été validée avec le soutien des macronistes de Renaissance, de la droite et de l’extrême droite. Mais sans la gauche qui craignait un “show” du Premier ministre, ni les alliés du camp présidentiel Horizons et MoDem.

Devant des bancs dégarnis, mais moins que la semaine dernière selon Matignon, dix orateurs pas toujours connus du grand public se sont succédé sur des thématiques parfois techniques.  La séance ne s’est réveillée qu’avec les questions des partis les plus radicaux, comme celle de Sébastien Chenu (RN) qui a fustigé “l’air de flûte” du gouvernement sur les finances publiques qui “n’a rien d’enchanté pour les Mozart de la finance”.

Certains députés sceptiques face à l’exercice

“Avec vous, ça serait le crépuscule des retraites et la dette enchantée. C’est ça le programme du Rassemblement national”, lui a répondu Gabriel Attal, pendant que Marine Le Pen cheffe de file des députés RN criait “c’est vous la ruine” et que les députés Renaissance applaudissaient debout le chef du gouvernement.

Quand Gabriel Attal a défendu les groupes de niveau à l’école “une mesure profondément sociale”, les députés de la France insoumise se sont agités. “Personne n’en veut”, a lancé Antoine Léaument. “Ce n’est pas la peine d’essayer de hurler pour m’empêcher de parler”, lui a répliqué le Premier ministre, toujours applaudi par son camp.

Un court échange sur le taux de chômage a aussi opposé Gabriel Attal à Adrien Quatennens quand le député LFI s’en est pris à la nouvelle réforme de l’assurance chômage que même certains dans la majorité contestent. Le chef de gouvernement a défendu un “modèle social plus incitatif à l’activité”.

Sébastien Chenu a trouvé après coup l’exercice “réussi” parce qu'”on est en prise directe avec celui qui décide” mais qui “mérite un peu d’huile dans les rouages”. “Je me demande si ça ne va pas faire pschitt”, s’est toutefois demandé le chef de file des députés du groupe centriste Liot Bertrand Pancher, pourtant favorable à la nouvelle formule. 

Il a déploré des réponses “très générales et pas assez techniques” alors que les parlementaires “attendent des réponses précises et auxquelles pourraient sans doute mieux répondre les ministres”.

Une “semaine de rodage”

Un “fiasco” aux yeux du patron du PCF Fabien Roussel parce que Gabriel Attal “ne peut pas répondre à toutes les questions sur un champ aussi vaste”. “C’est mépriser le Parlement qui a la mission de contrôler l’action du gouvernement”, a-t-il estimé, comparant la séance à un “exercice de propagande”.

Pour le député MoDem Erwan Balanant, ce seul en scène “diminue le rôle de tout le monde : le rôle des parlementaires d’avoir des réponses précises à des questions et le rôle des ministres”. La nouvelle formule ne “va pas dans le sens du Parlement” mais “encore plus dans le sens d’une concentration”.

 

Gabriel Attal n’a pas fait d’annonces mais réaffirmé que “jamais” le gouvernement augmenterait la fiscalité sur les “Français qui travaillent” ou “le fruit de leur épargne”, alors que l’augmentation des impôts pour résorber le déficit divise sa majorité.

L’exercice s’inspirait de celui du Prime Minister’s Questions à la Chambre des communes britannique. Comme le veut la tradition des questions au gouvernement, les sujets choisis par l’opposition n’étaient pas dévoilés à l’avance. Les orateurs étaient en revanche connus en amont, mais n’étaient pas des chefs de groupe.

L’entourage du Premier ministre a souligné qu’il s’agissait encore d’une “semaine de rodage”. 



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