La véritable histoire du tombeau de Napoléon Bonaparte


Nous sommes à l’hiver 1840. Un précieux convoi est en train de remonter la Seine. Une ville après l’autre, comme au temps de son retour de l’île d’Elbe, 25 ans plus tôt, Napoléon approche de Paris. Ou plus exactement, son corps en approche, dissimulé au creux de multiples cercueils.

Enterrer le monstre sacré

Le 14 décembre, son approche est annoncée par une salve d’artillerie tirée depuis les Invalides. Aussitôt, une foule se dirige vers le port de Courbevoie. Se forme alors une étrange armée aux uniformes dépareillés, de grenadiers, de lanciers, de dragons, de cuirassiers… Tous ont revêtu leur somptueuse tenue militaire d’autrefois. Ensemble, les vétérans installent un dernier bivouac et s’endorment à proximité de leur petit caporal. Plusieurs vieillards, dit-on, en cette nuit glaciale qui rappelle à certains le froid de l’hiver russe, ne se relèveront pas.

Le lendemain, une foule immense se forme peu à peu le long de l’itinéraire prévu. D’une hauteur inouïe, tiré par 16 chevaux caparaçonnés d’or, le quadrige commence son parcours en passant sous l’Arc de Triomphe. Victor Hugo décrit ce moment, devenu un souvenir impérissable dans la mémoire du million d’anonymes rassemblés ce jour-là dans les rues, avec ces mots :

Des tambours éloignés battent aux champs. […] On voit au loin, dans la valeur et dans le soleil, sur le fond gris et roux des arbres des Champs-Elysées, à travers de grandes statues blanches qui ressemblent à des fantômes, se mouvoir lentement une espèce de montagne d’or. […] Une immense rumeur enveloppe cette apparition.

Le cortège atteint les Invalides à la mi-journée, le Requiem de Mozart retentit sous la coupole et couvre les chuchotements des députés monarchistes. Un journaliste de l’époque raille la scène :

Je veux bien croire aux regrets du vieux roi Louis-Philippe et d’une foule d’autres, mais je suis sûr qu’ils n’égalent pas ce qu’ils eussent ressenti si l’empereur s’était levé de son cercueil et avait dit : « Me voilà ! ».

Dehors, le peuple patiente, dans le froid. Beaucoup doutaient de la mort de Napoléon. Ainsi, pendant plusieurs jours, les portes des Invalides restent ouvertes au public avant de se fermer pour de bon. Napoléon est désormais sous clé et on l’espère, sous contrôle. C’est là le but de la monarchie de Juillet : enterrer pour de bon le monstre sacré.

Mais celui que l’on nomme alors le Messie de la Révolution, n’a pas dit son dernier mot. Il ne cessera de ressurgir, redonnant foi au mythe de l’immortalité, de celui qui est pourtant bien mort au bout du monde, à Sainte-Hélène, rocher de dentelle noire perdu au cœur de l’Atlantique Sud.

La sépulture de Napoléon à Sainte-Hélène

À Longwood House, sur l’ancien lit de camp de ses campagnes militaires, Napoléon Bonaparte, empereur déchu, pousse en effet son dernier soupir en cet après-midi du 5 mai 1821. Souffrant depuis longtemps d’un mal qui le ronge à l’estomac, c’est pour lui la fin d’une longue agonie. La fin aussi d’un destin unique.

Au moment de sa mort, Napoléon ne croit pas en un Dieu qu’il s’apprête à rejoindre. Il se sent un Dieu lui-même, prêt à rejoindre ceux qui l’ont adoré. Il sait que la postérité ne retiendra que ses mérites et ses faits d’armes, oubliant la légende noire de l’ogre et du tyran. Il ne se trompe qu’à moitié.

Quelques temps plus tôt Napoléon a écrit ses dernières volontés en ces mots :

Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé.

Mais présumant que sa demande sera refusée par les Anglais, il demande à être inhumé à Sainte-Hélène, près d’une source où, lors de ses promenades à cheval, il aimait à se désaltérer. Celle-ci se trouve au creux d’une vallée profonde et circulaire, aux parois noires et abruptes. Un tombeau tout trouvé pour le héros romantique qu’il semble incarner. Deux saules sont plantés au-dessus de sa pierre tombale.

Les lieux prennent aussitôt le nom de Vallée du tombeau, comme les Pharaons et les empereurs romains de l’Antiquité, sa mort le place au rang d’une divinité. Quant à son tombeau, il a des airs de Saint Sépulcre, digne d’un Christ moderne. De tels mots ne semblent ni blasphématoires, ni même exagérés dans le contexte de l’époque. Dans ce monde issu de la Révolution française qui a bouleversé les croyances religieuses, cette référence au sacré exprime ce qu’incarnait Napoléon pour tous ceux qui avaient cru en lui.

Choisir le lieu de la sépulture à Paris

En France, la nouvelle de sa mort laisse le peuple perplexe. Elle est aussi étouffée par des récits d’apparition : l’homme au bicorne serait toujours vivant et nombreux sont ceux qui affirment l’avoir vu à travers le pays. Pourtant il n’en est rien : Napoléon repose bien à Sainte-Hélène, ou du moins pour l’instant car son épopée ne se termine pas ici…

Pour en connaître la suite, il faut faire un bond dans le temps et retourner à Paris, 20 ans plus tard. Au Palais Bourbon, le 12 mai 1840, Charles de Rémusat, ministre de l’Intérieur du gouvernement d’Adolphe Thiers, demande à intervenir. Il monte à la tribune et annonce, à la surprise générale, que le roi Louis-Philippe a confié à son fils la mission de se rendre à Sainte-Hélène pour « y recueillir les restes mortels de Napoléon ». Aussitôt, un tonnerre d’acclamations retentit dans l’assemblée.

Les jours suivants, la chambre nomme une commission pour discuter du lieu qui accueillera la dépouille. La colonne Vendôme, l’Arc de Triomphe, la Madeleine, le Panthéon, la basilique Saint-Denis… Les visions se heurtent, selon les sensibilités de chacun.

Quelques critiques s’élèvent aussi. À bas bruit, Lamartine murmure à ses alliés républicains : « Les cendres de Napoléon ne sont pas éteintes et l’on en souffle les étincelles ». Le député et poète prend ensuite la parole devant la chambre tout entière : « Quoi qu’admirateur de ce grand homme, je ne me prosterne pas devant cette mémoire. Je ne suis pas de cette religion napoléonienne. »

Conscient qu’il ne peut s’opposer à ce retour, il met en garde contre le fanatisme. Mais comme la majorité des élus, il ne peut qu’applaudir une décision qui dépasse chacun. Le premier perdant semble être le roi lui-même qui, avec ce rapatriement, espérait se couvrir de gloire et absorber l’héritage napoléonien dans celui de la monarchie de Juillet. Mais la popularité revient tout entière à Napoléon, dont l’image aussitôt réveillée capte toute la lumière et éclipse celui qui l’invoque.

Le choix du lieu du tombeau est finalement arrêté : par 280 voix contre 65, ce sera l’hôtel des Invalides. Construit par Louis XIV pour accueillir ses soldats blessés, le bâtiment jouit d’une réputation militaire et, par son église, d’une aura sacrale. L’emplacement correspond parfaitement à Napoléon 1er et respecte à la lettre son choix d’être enterré au bord de la Seine. Dès lors, on espère qu’il reposera en paix et cessera de troubler les vivants… ce que ne semble pas croire Chateaubriand, qui écrit : « Vivant il a marqué le monde. Mort, il le possède ».

L’expédition pour chercher le corps de l’empereur

Ne reste plus maintenant qu’à rapatrier le corps de l’empereur. À l’été 1840, trois mois après la décision de Louis-Philippe, les navires de toute une flotte hissent les voiles à Toulon. Pour cette expédition, une petite délégation accompagne le prince de Joinville, le fils du roi des Français. En tout, une petite dizaine de fidèles parmi les fidèles, qui ont servi l’empereur à Sainte-Hélène.

Le plus grand des navires se nomme la Belle Poule, c’est une frégate de 60 canons. Pour l’occasion, elle a été repeinte en noir et on a construit une chapelle ardente dans l’entrepont afin de recevoir le corps de l’empereur (même si c’est le mot de cendres qui est alors privilégié, un terme allégorique issu de l’Antiquité).

En quittant le port de Toulon, l’équipage passe devant la forteresse reprise par le jeune et valeureux capitaine Bonaparte près d’un demi-siècle plus tôt, en pleine Révolution française. Au large se trouve la Corse qui l’a vue naître, et plus loin encore, Alexandrie, toute première pierre de son mythe. Avant de s’engager sur l’Atlantique, les navires passent le détroit de Gibraltar et longent le cap de Trafalgar, témoin de la cuisante défaite navale de l’empereur contre son ennemi juré et son vainqueur, l’Angleterre.

Trois mois plus tard, après plusieurs escales, la Belle Poule arrive en vue de Sainte-Hélène. À peine débarqués, les Français descendent le chemin sinueux qui mène à la Vallée du tombeau. Sur place, ils découvrent que l’un des deux saules est tombé mais autour du site, 12 cyprès ont été plantés par les Anglais. Douze flambeaux vivants à la mémoire des plus grandes batailles napoléoniennes. Dans une guérite à proximité de la tombe de l’empereur, ce sont 12 soldats anglais qui montent la garde. Douze, encore et toujours, un chiffre qui rappelle le nombre des apôtres.

Le corps de Napoléon, remarquablement conservé

Quelques jours plus tard, les plus proches fidèles de Napoléon retournent sur les lieux. Le 14 octobre, à minuit, à la lueur des torches, les Français se partagent les fleurs sauvages qui ont poussé aux abords de la tombe tandis que les Anglais se mettent à l’ouvrage pour déblayer les lourdes dalles de pierre.

La tâche est plus compliquée que prévu et il faut attendre le matin pour apercevoir enfin le cercueil. Celui-ci est alors transporté dans une grande tente dressée non loin de là, où l’on procède à l’ouverture de la bière. On scinde en deux le premier cercueil d’acajou pour en extraire le cercueil de plomb. Mais celui-ci cache un second cercueil d’acajou, dont on retire difficilement les vis. Enfin, avec beaucoup de précaution, on ouvre le dernier cercueil de fer blanc, au couvercle entièrement rouillé.

L’empereur apparaît. L’émotion est immense. L’uniforme vert de colonel des chasseurs à cheval de la Garde Impériale est en parfait état, les ornements et le grand cordon de la Légion d’honneur ont conservé tout leur éclat et le bicorne est posé sur les jambes. Le visage du mort est serein.

Passé le choc de l’apparition côté français vient le moment des sanglots. Puis, avec délicatesse, on s’empresse de refermer les couvercles. La bière est placée dans un cercueil de plomb neuf, amené de France, puis dans un cercueil d’ébène, neuf lui aussi, que l’on ferme à clé. L’ensemble représente alors une masse de plus d’une tonne.

Sur le pont, avant d’appareiller, les matelots découpent les restes du saule trouvé couché près de la stèle et arraché lui aussi à la Vallée du tombeau. À l’instar des fleurs sauvages que se sont partagés la veille les proches de l’empereur, les 400 marins se répartissent entre eux les fragments du bois mort, devenus aussitôt des reliques.

Une sépulture provisoire

À Paris l’atmosphère est nettement moins mystique. En réalité, bien que l’opinion soit très favorable à ce retour des cendres, dans les hautes sphères, on commence à douter de son utilité. Le convoi atteint malgré tout Cherbourg à la fin de novembre 1840, puis l’Hôtel des Invalides.

Napoléon n’est pas étranger à un tel lieu. De son vivant, alors qu’il était encore Premier Consul, y fut célébré le 14 juillet 1800 et son retour triomphant de la seconde campagne d’Italie. Quelques années plus tard, à l’été 1804, Napoléon était revenu sur place en tant qu’Empereur. Sous les yeux des convives, il avait traversé la cour d’honneur au son d’un Te Deum à sa gloire, puis avait décoré lui-même plusieurs centaines d’invités sur les 2000 personnes censées recevoir pour la toute première fois la croix de la Légion d’Honneur.

35 ans plus tard, le revoilà aux Invalides. Aucune décision définitive n’est encore arrêtée sur la forme du futur mausolée de l’empereur. Un tombeau provisoire est donc installé dans une chapelle mitoyenne. Au pied du catafalque, sur un trépied, reposent plusieurs reliques impériales : l’épée que l’empereur portait à Austerlitz et le bicorne qu’il portait à Eylau.

On a recouvert les murs de cette chapelle provisoire grâce à des draps violets, au motif imprimé d’abeilles et d’aigles d’or et à des cartons peints censés imiter la pierre. C’est un décor de stuc que l’on croit temporaire. Pourtant il n’en est rien : les coûts engendrés, les troubles politiques et l’ampleur du chantier sont autant de raisons qui feront patienter Napoléon bien des années encore, avant que son corps puisse rejoindre sa dernière demeure.

Un chantier pharaonique

Pour l’architecte Louis Visconti qui obtient alors la direction du chantier des Invalides, tout reste à faire. Au diable les innombrables projets déjà proposés, au diable l’idée d’une statue monumentale. Pas question d’exhiber la dépouille de l’empereur sous un globe de verre, pas question non plus de reproduire à l’identique la tombe de Sainte-Hélène, surplombée d’un aigle en pleurs.

Visconti ne cède pas à la mode romantique et veut rester fidèle à l’esthétique napoléonienne inspirée de l’Antiquité. Il souhaite aussi que le tombeau s’intègre harmonieusement aux équilibres imaginés par son prédécesseur, Jules Ardouin Mansard, qui a bâti ce monument pour Louis XIV. Mais il y a du travail, beaucoup de travail : deux ans ont passé déjà depuis le retour des cendres.

En 1843, près de 2300 artisans, manœuvriers, ouvriers, mosaïstes et sculpteurs se lancent, galvanisés, dans un chantier d’ampleur pharaonique. Pour commencer on fait creuser une immense crypte sous la coupole, à 6 mètres de profondeur sur plus de 20 mètres de diamètre.

L’équipe de l’architecte peut ensuite s’attaquer aux premiers habillages et à la balustrade. Pour cela, d’énormes quantités de pierres sont acheminées depuis les quatre coins de France. Mais ce n’est pas suffisant : il faut faire venir d’Italie des masses de marbre de Carrère.

Pour la réalisation du sarcophage, Visconti cherche à se procurer du porphyre rouge. Les empereurs de Rome assimilaient sa couleur pourpre au sang du Christ et le convoitaient pour leur palais autant que pour leurs tombeaux. Mais à cause de ce goût antique un peu trop prononcé, toutes les carrières d’Europe ont été vidées.

Un célèbre aventurier de l’époque, Louis Léouzon Le Duc, part alors vers les confins de l’Empire russe où, dit-on, se trouve une pierre proche du porphyre. Vingt-neuf blocs sont extraits d’un coin reculé de l’actuelle Finlande. Les pierres prennent ensuite la direction de la France, via la Neva puis par la mer Baltique. L’épopée dure 3 mois et des blocs sont perdus ou submergés en route. Passée la mer du Nord, ce qu’il reste du précieux convoi rejoint le Havre et, comme le corps de l’empereur huit années plus tôt, remonte lentement le cours de la Seine.

Mais la pierre du sarcophage attendra elle aussi, avec toutes les autres, à l’entrée des Invalides, car le chantier est arrêté depuis la révolution de 1848. Il reprend finalement sous l’impulsion du premier président de la Seconde République, Louis Napoléon Bonaparte.

L’hésitation de Napoléon III

Jusque- là simple agitateur politique, le neveu de Napoléon 1er vient d’être élu triomphalement grâce au suffrage universel. Quatre ans plus tard, à la fin de son mandat, il fomente un coup d’état avant de devenir Napoléon III.

Visconti et ses équipes sont presque arrivés au bout de leur peine et bientôt, les échafaudages pourront être démontés. Mais le nouvel Empereur tout juste autoproclamé ne semble pas pressé et va jusqu’à reculer devant l’échéance. Il envisage même de tout abandonner. Cherchant un prétexte il avance : « Napoléon 1er chez Louis XIV, cela jure ». Pourtant, c’est lui qui voudrait déplacer le corps de son oncle à la basilique de Saint-Denis, auprès des rois de France. En réalité, ce tombeau est une source d’embarras pour le nouvel empereur, tout comme cet héritage napoléonien dont il se réclame mais qui lui fait de l’ombre.

Louis Napoléon Bonaparte doit tout à son oncle, qui demeure encore le héros des classes populaires. Beaucoup de ceux qui ont voté au suffrage universel de 1848 n’ont jamais cru à la mort du grand homme, certains allant jusqu’à croire que Napoléon Ier était de retour en la personne de son neveu. Ce dernier le sait, il joue de cette ambiguïté et n’a pas très envie de réveiller une nouvelle fois la figure de cet oncle encombrant, écrasant même.

Trois ans après sa prise de pouvoir, Napoléon III reçoit la reine Victoria et son fils, le prince de Galles, futur Édouard VII d’Angleterre. Une visite est prévue au tombeau des Invalides, qui n’attend plus que l’aval de Napoléon III pour être inauguré. L’empereur continue de dénigrer le travail des équipes de Visconti. En passant devant la crypte circulaire, il glisse à la reine d’Angleterre qu’il ne reste plus qu’à remplir ce grand bassin d’eau claire afin d’y jeter des poissons rouges.

Mais la reine, elle, est d’humeur plus solennelle. Lorsqu’elle se retrouve face au catafalque provisoire, elle ne demeure pas insensible à la présence du grand homme vaincu, ni à son aura toujours perceptible. Elle est ici partout, étrange, suffocante, et de cette quasi-rencontre, la reine Victoria ressort troublée.

Six ans plus tard, Napoléon III se décide enfin à sceller le tombeau de son oncle. Le 2 avril 1861, à 14h, suivi de sa famille, il se présente sous le dôme des Invalides. Seule une centaine de témoins ont été conviés. Sans un discours, Napoléon III et son épouse Eugénie s’avancent, jettent de l’eau bénite sur le sarcophage, puis se retirent. Dans les jours suivants, on referme le monument en pierre rouge à l’aide d’une poulie.

Une réputation toujours forte, mais ternie

Après deux décennies de travail et d’attente, Napoléon a rejoint sa dernière demeure. Mais malgré le lourd couvercle à volutes qui le renferme, malgré les douze statues de marbre qui veillent sur son prétendu sommeil et malgré tous les efforts des régimes passés et à venir pour étouffer son souffle, celui-ci perce encore au travers des parois de fer, de plomb, de bois et de pierre qui composent son sépulcre.

Lorsqu’après la défaite française de Sedan, les troupes prussiennes entrent dans Paris, une foule se rassemble au pied des Invalides, pour en bloquer l’accès. Par peur de provoquer une émeute, les vainqueurs renoncent à visiter le tombeau.

Peu de temps après, pendant la Commune de Paris, les symboles napoléoniens ont en revanche mauvaise presse. Un journal de l’époque propose d’arracher du tombeau des Invalides la momie impériale « comme nos pères de 1793 ont arraché les momies royales de Saint-Denis ». Mais cette profanation n’aura pas lieu.

Lors du centenaire de la mort de Napoléon, le 5 mai 1921, à l’extérieur des Invalides flottent les drapeaux du 5e régiment, celui qui, il y a plus d’un siècle, barra la route de l’empereur à son retour de l’île d’Elbe avant de se rallier à lui. À l’intérieur de l’église, alors que résonne une musique funèbre composée par Gabriel Fauré, patiente une haie d’honneur de poilus de 46e régiment d’infanterie, héritier d’une unité ayant combattu dans presque toute les batailles du Premier Empire.

Un soldat, portant l’épée d’Austerlitz, s’avance vers le maréchal Foch, vainqueur de la Grande Guerre, qui s’en saisit et la brandit devant le tombeau impérial :

Sire, dormez en paix. De la tombe même, vous travaillez toujours pour la France. À tout danger de la patrie, nos drapeaux frémissent au passage de l’aigle.

Cent ans plus tard enfin, en 2021, lors du bicentenaire de la mort de Napoléon, l’atmosphère est toute autre, et nul ne cherche à éveiller l’empereur. Dans un contexte de pandémie mondiale et de controverse autour de cette célébration, le mot d’ordre est à la discrétion.

Le président de la République, Emmanuel Macron, accompagné de son épouse et du prince Napoléon, rend hommage sans prononcer de discours, comme pour chercher l’équilibre entre admirateur d’une part et protestateur de l’autre.

Il est vrai qu’après le passage des siècles, par-delà ces deux légendes noires et dorées, la foi en Napoléon s’est évaporée avec le temps, et sa figure quelque peu ternie.

Mais on ne peut en dire autant de l’éclat de son tombeau, de ce monument surmonté d’une coupole d’or et d’une flèche conquérante, qui ne se limite pas à la seule histoire de l’empereur et qui pourtant, semble lui être à jamais associés. La flamme de Napoléon, elle, bien qu’affaiblie, brûle encore et continue de déchaîner les passions, des siècles après sa mort. Une chose est sûre, Napoléon n’a pas disparu et peut encore faire parler de lui.

 

Historiquement Vôtre est réalisée par Guillaume Vasseau.

Rédaction en chef : Benjamin Delsol.

Auteur du récit : Eloi Audoin-Rouzeau.

Journaliste : Aude Cordonnier.



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