l’accès à l’eau va-t-il devenir de plus en plus difficile dans certaines régions de France ?



Ophélie Artaud / Crédit photo : ALAIN PITTON / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

À la fin de l’été 2023, 189 communes étaient privées d’eau potable en France métropolitaine. En cause : une importante sécheresse, liée à la canicule, et ce malgré une saison estivale relativement pluvieuse. Pour des dizaines de milliers de Français, l’accès à l’eau potable n’était donc plus garanti. Des mesures d’adaptation ont été mises en place dans ces communes, comme le passage des camions-citernes, ou les distributions de bouteilles. Un phénomène quasi inédit en métropole, mais qui pourrait se multiplier dans les années à venir. Pour autant, risque-t-on réellement de manquer d’eau en France ?

Le stress hydrique n’affecte pas l’intégralité du territoire de la même manière, et dans l’ensemble, les réserves en eau sont suffisantes en France. Comme l’écrit le Centre de l’information de l’eau, “l’état des réserves en eau en France est très rassurant : le pays dispose d’une ressource en eau disponible de 193 milliards de m3 par an alors que les besoins en eau du pays s’élèvent à 32 milliards de m3 an. La France dispose ainsi d’un stock disponible largement supérieur aux besoins en eau de la population, préservant la population d’un risque de stress hydrique”, explique l’association. “Alors que le seuil de stress hydrique établi par l’Organisation Mondiale de la Santé s’élève à 1.700 m3 par habitant et par an, chaque Français dispose d’une réserve de 3.265 m3 d’eau par an.”

Des problèmes de répartition de l’eau et de gestion des ressources

Mais l’eau est inégalement répartie sur le territoire. Certaines régions, notamment sur le pourtour méditerranéen, ont plus de risque d’être confrontées à un stress hydrique. Si, sur l’ensemble de la France métropolitaine, “l’eau est excédentaire”, à l’inverse, “elle va manquer par endroit”, explique Pauline Pedehour, maîtresse de conférences en économie des ressources naturelles à l’Université d’Angers. “Pour le dire simplement, l’eau n’est pas bien répartie sur le territoire.”

Selon les territoires, les raisons du manque d’eau ne sont pas les mêmes. En Vendée, par exemple, “il y a des demandes estivales très fortes, due au tourisme, ce qui fait qu’ils manquent de ressources l’été”, reprend Pauline Pedehour. “À l’inverse, dans les Pyrénées-Orientales, le problème est lié aux nappes phréatiques qui peinent à se remplir.” La région méditerranéenne fait d’ailleurs face à une situation alarmante, et seuls 225 millimètres de pluie sont tombés en 2023.

À cela s’ajoute un problème de gestion des ressources. De nombreux mètres cube d’eau potable sont gaspillés chaque année, notamment en raison de fuites. Selon une carte publiée par l’association Intercommunalités de France, 198 communes de l’Hexagone perdent 50% de leur eau potable en raison de fuites sur leur réseau. Sur l’ensemble de la France, c’est 20% de l’eau potable qui est perdue à cause de ces problèmes. “Cela s’explique par les difficultés pour réparer les jointures sur certains réseaux, ainsi que par des aspects urbanistiques. Par exemple, l’Unesco interdit de toucher les canalisations de bâtiments classés”, reprend la maîtresse de conférences. “Mais cela reste subjectif et dépend des territoires.”

Quelles solutions pour lutter contre les risques de pénurie ?

Désalinisation de l’eau de mer, réutilisation des eaux usées… Ces dernières années, les initiatives se multiplient pour tenter de résoudre les problèmes de manque d’eau. Mais pour Pauline Pedehour, “ces infrastructures ne sont que des pansements qui, en plus, ont des coûts énergétiques et environnementaux très importants”. Pour la chercheuse, la solution principale serait de “diminuer la consommation d’eau pour éviter toutes les sources de gaspillage” : “il faut sensibiliser les consommateurs domestiques sur les bonnes actions, comme repérer les fuites d’eau, avoir plus de contrôle sur l’eau, en surveillant par exemple ses compteurs. Cela passe par un meilleur accès à l’information. De même, pour les agriculteurs, il faut les accompagner dans l’évolution des cultures, à travers des subventions et des dispositifs. Et c’est aussi le cas pour l’industrie, où des solutions existent pour réduire les gaspillages.”

Un premier levier qui pourrait limiter la mise en place de mesures plus contraignantes pour la population, comme l’interdiction de remplir les piscines, ou la mise en place de coupures d’eau en fonction des heures de la journée. Quoi qu’il en soit, pour Pauline Pedehour, “il faut prioriser les usages sur les territoires où on manque d’eau, donc à mon sens, prioriser les usages domestiques importants plutôt que les piscines, prioriser l’irrigation des cultures sensibles à forte valeur ajoutée pour les agriculteurs plutôt que des cultures trop consommatrices en eau… Sur ces territoires, ce n’est pas viable de continuer comme ça.”

L’été dernier, l’État a d’ailleurs mis en place un “plan eau”, qui prévoit d’atteindre 10% d’économie d’eau d’ici 2030. Car en raison du réchauffement climatique, les risques que des pénuries d’eau surviennent sont de plus en plus importants.



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