«Les personnages féminins sont enfin beaucoup moins lisses !»


Les meurtres se multiplient depuis plusieurs jours à Nice. Les victimes ont le même profil : toutes sont des hommes accusés de violences conjugales et/ou sexuelles. Quel serial killer tue ces hommes ? Où se cache-t-il et quelles sont ses motivations ? Face à la complexité du dossier, le commissaire Djiba (Ramzy Bedia) sait qu’il peut compter sur l’énergie et la ténacité d’Alison Flesh, capitaine de police aussi expérimentée qu’indomptable. Pour éviter tout débordement, Djiba lui impose de se mettre en binôme avec une jeune femme au caractère totalement opposé. Flesh se retrouve donc avec Leïla Balani, experte en criminologie cérébrale, timide et malhabile. Ensemble, les deux flics vont faire des étincelles et retourner la French Riviera… 

Prime Video surprend agréablement avec cette fiction audacieuse qui renouvelle les codes du “buddy movie”. Quel bonheur de voir à l’écran deux femmes flics mais surtout deux femmes aussi géniales qui se retrouvent dans des situations totalement folles : courses-poursuites en jet ski, cascades en pleine mer… Flesh et Balani sont impressionnantes chacune à leur manière mais aussi très attachantes et humaines. Flesh a du mal à gérer sa vie professionnelle tout en s’occupant de son fils. Balani, elle, souffre toujours de la disparition de sa mère. Sirènes se démarque aussi des autres comédies en abordant, en toile de fond, un sujet sociétal, celui des violences faites aux femmes. Rencontre avec Alice Pol et Shirine Boutella. 

Le scénario vous a-t-il tout de suite convaincues ?

Alice Pol : Je l’ai lu dans le train et j’ai été immédiatement séduite par la qualité de l’écriture et des dialogues. J’étais ravie car j’avais envie d’un personnage féminin de comédie aussi fort, énergique et fantaisiste que celui de Flesh. 

Shirine Boutella : Comme Alice, j’ai dit oui tout de suite après avoir lu le scénario. C’était un challenge d’incarner un personnage totalement à l’opposé de moi dans sa façon d’être, de parler et de vivre en société. Balani a du mal à créer des liens avec les gens. Elle est très cérébrale, elle analyse tout. Je pense que ça doit être assez terrible d’être dans sa tête (Rires). J’ai adoré me laisser porter par ce personnage et par l’écriture d’Adeline Picault (ndlr : la réalisatrice).

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© Marine Danaux

Sirènes est une comédie d’action avec deux femmes en vedette. C’était important pour vous de porter à l’écran un duo féminin ? 

Alice Pol : Je ne conscientise pas ça. Pour moi, c’est évident qu’il y ait des films avec des héroïnes, qu’elles soient deux, trois, quatre ou même douze ! Il y a des femmes partout sur la planète qui font des choses extraordinaires, qui vont dans l’espace et qui créent des vaccins. Ce n’est pas un sujet. En revanche, je trouve ça beau que les personnages féminins sortent de leur chrysalide et deviennent effectivement beaucoup moins lisses qu’à une certaine époque. 

Shirine Boutella : Le fait que ce soit un duo féminin rend le projet encore plus intéressant. Flesh et Balani sont fortes et courageuses mais elles gardent toute leur féminité. Je trouve ça hyper touchant. 

Comment avez-vous construit ce binôme ?

Alice Pol : Ça s’est fait très naturellement parce que le film est bien écrit. Tout était millimétré, les dialogues très bien répartis. En plus de ça, on avait toutes les deux très envie de jouer donc ça a roulé ! 

Shirine Boutella : On a travaillé notre personnage chacune dans notre coin. Quand on est arrivées sur le tournage, nous étions prêtes et ça a tout de suite pris entre nous. 

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© Marine Danaux

 

Alice, qu’est-ce qui vous a plu dans votre personnage ?

Alice Pol : Je trouve Flesh fascinante parce qu’elle s’est totalement adaptée à un univers masculin. Elle a réussi à faire croire qu’elle était aussi forte qu’un homme et qu’elle pouvait te mettre la tête au carré. A force de prétendre, elle y est arrivée ! Elle parle le langage de ces hommes flics et même des voyous. J’adore le fait qu’elle soit aussi investie dans son job, son énergie et sa force. 

Elle reste pourtant très féminine, notamment dans sa manière de s’habiller… 

Alice Pol : Oui c’est comme si elle voulait trancher et s’excuser de sa masculinité avec des couleurs très vives comme le rose. Elle a à la fois une force et une féminité exacerbée. 

Shirine Boutella : Ça montre aussi qu’elle n’a pas oublié qui elle était ! Car elle aurait très bien pu s’habiller comme un mec. 

Shirine, la garde-robe de votre personnage est au contraire très classique. 

Shirine Boutella : Elle est très mal à l’aise dans ses vêtements, un peu serrée, engoncée dans son blazer et ses chemises. On sent qu’elle ne trouve pas sa place, littéralement. Il ne faut pas la juger sur son apparence car elle est très smart et c’est bien elle qui va faire avancer l’enquête. 

Comment s’est passé le tournage ?

Shirine Boutella : C’était intense humainement, physiquement, et même techniquement. Les équipes ont vécu des journées compliquées, notamment les accessoiristes qui devaient bouger des décors dans l’eau. On a un temps très restreint quand on tourne pour des plateformes de streaming. On fait beaucoup de choses en une seule journée et c’est fatigant ! J’ai aussi pas mal souffert de la chaleur, mais ça a eu le mérite de nourrir mon personnage qui se plaint tout le temps de ça (Rires).  

Alice Pol : Personnellement, je me souviens du mal au coeur en bateau mais pas de la chaleur car j’habite dans le Sud. Les gens s’imaginent qu’on rit beaucoup sur un tournage de comédie. Mais la comédie, c’est dur et très exigeant. Chacun doit avoir sa propre musique et on doit tous bien s’accorder. 

Le film aborde les violences faites aux femmes. Un sujet particulièrement d’actualité dans le cinéma français, qui connaît son #MeToo suite aux déclarations de Judith Godrèche. En tant qu’actrices, quel regard portez-vous sur ce qui se passe ?

Alice Pol : Je trouve ça très sain que les choses soient dites et je suis en même temps extrêmement attristée par ce qu’on lit tous les jours. Pourtant je le sais, j’ai vu ça depuis très longtemps. J’aimerais que tout sorte, que tout soit remis à plat et que le moindre dépassement soit puni pour qu’il y ait enfin de l’humanité. 

Shirine Boutella : J’ai de la chance car j’ai commencé ma carrière d’actrice il n’y a pas longtemps. Il y avait déjà eu les mouvements #MeToo et #Balancetonporc, les gens commençaient à parler. Je trouve ça génial que la parole se libère dans tous les milieux. En France, on est enfin en train d’aller vers un nouveau monde où il y aura plus de respect et plus de courage pour dénoncer ces comportements. 



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