qu’est-ce que la viande de synthèse, dans le viseur du gouvernement ?



Romain Rouillard / Crédit photo : BERND WEISSBROD / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP

C’est une idée qui fait son petit bonhomme de chemin depuis quelques années. Concevoir de la viande sans abattre d’animaux et sans requérir l’eau et l’énergie que réclame l’élevage intensif. Certaines entreprises, principalement basées aux États-Unis, à Singapour et en Israël, se sont ainsi lancées dans la production de viande de synthèse, conçue en laboratoire et qui se veut plus respectueuse de l’environnement. 

Pourtant, ce jeudi, le Premier ministre Gabriel Attal a réclamé une “législation claire” au niveau européen sur la définition de ce produit dont il a estimé qu’il ne correspondait pas “à notre conception de l’alimentation à la française”. Voici tout ce qu’il faut savoir sur ce produit, promu par les uns et décrié par les autres. 

“Une technique qui est très immature pour l’instant”

Créée à partir de cellules souches d’origine animale, cette viande artificielle voit le jour dans des bioréacteurs qui fournissent un environnement adéquat pour que les cellules puissent se multiplier. “Ce milieu de culture apporte des nutriments, des acides aminés pour assurer cette fabrication de protéines en dehors d’un organisme vivant”, ajoute Jean-François Hocquette, directeur de recherche à l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement). “Il est anticipé que cette grande quantité de muscles pourrait nourrir l’humanité, au moins en partie, à la place des animaux d’élevage”, ajoute-t-il. 

Faut-il alors y voir une solution miracle en faveur du bien-être animal et contre les émissions de gaz à effet de serre – de méthane notamment – produites par l’élevage traditionnel ? “C’est une technique qui est très immature pour l’instant et qui n’a pas été développée à grande échelle”, avertit d’emblée Jean-François Hocquette, pour qui les bienfaits écologiques de la viande de synthèse sont loin d’être établis. “Il y a eu une publication scientifique en 2011 qui aurait démontré que la fabrication de ce produit émettrait moins de gaz à effet de serre que la fabrication de viande par l’élevage. Mais depuis 2011, il y a eu d’autres travaux qui ont fortement nuancé voir contredit cet article”. 

Des interrogations sanitaires et nutritionnelles 

Par ailleurs, l’appellation même de ce produit pose problème, selon le scientifique. “En réalité, ce n’est pas de la viande, c’est du tissu musculaire. Il existe autant de différences entre le muscle et la viande qu’il peut en exister, entre le jus de raisin et le vin”, illustre Jean-François Hocquette. “Nous avons fait des enquêtes dans différents pays et par exemple au Brésil, plus de la moitié des consommateurs ne veulent pas que ce produit s’appelle ‘viande'”, poursuit le chercheur. 

Enfin, d’importantes interrogations subsistent quant à la sûreté sanitaire de ce produit d’un nouveau genre. “La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) a identifié une cinquantaine de points de vigilance en termes de sécurité sanitaire”, pointe Jean-François Hocquette. S’agissant de la qualité nutritionnelle de la viande de synthèse, “nous n’avons pas beaucoup de recul”, fait valoir le scientifique. “Si l’on peut penser que la composition en protéine serait probablement la même que sur une viande traditionnelle, les travaux d’une équipe belge ont indiqué que ce produit serait probablement très pauvre en fer”, ajoute-t-il. 

En février dernier, une tribune parue dans le journal Le Monde, et signée par une soixantaine de scientifiques, mettait ainsi en avant le principe de précaution qui, selon eux, devait prévaloir face à cette viande de synthèse dont la production demeure confidentielle. “Uniquement trois pays autorisent la viande de synthèse : Singapour, les États-Unis et Israël. Et à chaque fois, ce sont seulement une ou deux entreprises”, précise Jean-François Hocquette. Un produit qu’il ne faut donc pas confondre avec les substituts végétaux de la viande qui, eux, sont bel et bien commercialisés dans l’Hexagone.   



Source link